Les Voltigeurs du temps de Napoléon

C’est au camp de Boulogne, le 22 ventôse an XII (13 mars 1804), que l’empereur Napoléon rédige un arrêté qui établit officiellement la création d’un nouveau corps d’infanterie: les voltigeurs (Voir le texte de l’arrêté).

Le noyau de ces compagnies est composé d’hommes dont la grandeur n’atteint pas 1,598 mètre. Les voltigeurs sont donc des soldats de petit gabarit et de petite taille. Ils doivent aussi être lestes, vifs et entraînés à la voltige vu qu’ils sont rapidement amenés à cheval sur les lieux du combat où on exige d’eux d’être à même de suivre une monture au trot.

Comme il s’agit de soldats de grande expérience, ils sont reconnus comme les spécialistes du coup de feu en première ligne ainsi que des missions d’avant-garde et de reconnaissance. On les trouve également devant les artilleurs pour amortir les charges de la cavalerie ennemie ; ils se replient ensuite en se couchant sous les canons et les caissons. Comme on peut le constater, les voltigeurs appartiennent donc à l’infanterie légère et présentent deux qualités essentielles, à savoir la mobilité et la rapidité d’intervention

A propos de la création des voltigeurs, Napoléon disait:

“Les voltigeurs ont été créés par moi pour profiter des petits hommes que la conscription ne pouvait atteindre. J’en ai profité pour opposer les petits hommes aux grands, comme j’opposerais les blancs aux noirs, comme je formerais des compagnies de bossus, s’il y en avait beaucoup.” (Napoléon, le 6 mai 1819)

“C’était une idée heureuse : les petits hommes opposés aux grands. Je disais aux voltigeurs : “ vous êtes des couyons : un grenadier vaut soixante voltigeurs. ” Je disais aux grenadiers : “ Vous n’êtes que de grands capons, bons pour manger, mais vivent les voltigeurs pour se battre ! ” Avec cela, on fait tuer tout le monde. Voilà la véritable éloquence militaire…”

On ne peut pas être plus clair ! Napoléon était un maître en psychologie appliquée aux masses et les voltigeurs en sont la meilleure preuve, puisque le résultat a dépassé les espérances :

“L’invention des voltigeurs était une amorce pour la vanité des nains, un encouragement pour leur faiblesse, une pensée politique. Cet essai, coûteux pour la population, a eu pour l’armée de brillants résultats. Ceux de ces petits hommes qui ont résisté aux fatigues d’un métier qui semblait au-dessus de leurs forces ont fait merveille. Le parallèle, ou plutôt la rivalité établie entre eux et les grenadiers, la disproportion de taille qu’il fallait faire oublier, souvent les avantages et la solidité d’une constitution trapue, la parité de courage et d’énergie sous une moindre masse, tout en a fait des héros.” (Bardin, Dict., p. 1472).

Les voltigeurs étaient considérés comme une compagnie d’élite (comme les grenadiers) même si leur réputation n’était pas reconnue par tout le monde:

“Je fus très surpris, en rentrant en France, de la haute idée qu’on s’était formée de la Garde impériale et du peu de cas qu’on faisait des voltigeurs, qu’on ne distinguait guère des compagnies du centre. Cependant les voltigeurs ont combattu mille fois plus que la Garde. Ils étaient toujours en tête et elle en réserve. Il ne se tirait pas un coup de fusil sans eux, et la Garde, qui prenait rarement part aux petits combats, donnait presque aussi rarement dans les batailles. Enfin, les voltigeurs étaient l’élite des corps et une partie de la Garde en était le rebut. Quiconque a vu la chose par ses yeux sait que beaucoup de colonels n’envoyaient à Paris que les hommes dont ils voulaient se défaire, tandis que les capitaines de voltigeurs n’admettaient dans leurs compagnies que des soldats d’un courage éprouvé. Aussi aurais-je préféré pour une attaque, commander à trois cents voltigeurs qu’à cinq cents hommes de la Garde.” (Souvenirs du capitaine Desboeufs, p. 205).

Le peloton des Voltigeurs de Walcourt ne porte pas exactement le costume de “voltigeurs de l’Infanterie de Ligne” mais plutôt celui de “fusiliers grenadiers” de 1809-1813. Etant donné que la création des voltigeurs vient entre autres des fusiliers, l’amalgame a pu se faire et perdurer depuis.